Chiloe, bâtie de bois et de légendes

Chiloe, bâtie de bois et de légendes

Après notre long périple sur la Carretera austral, nous mettons le cap sur l’île principale de l’archipel de Chiloe ! Située juste en dessous de la région de Los Lagos (mise à jour au 29/10/17 : nous avons eu confirmation par les Chiliens que Chiloe n’était pas en Patagonie, la Patagonie débute en effet en-dessous de Chaiten), cette île est la 2ème île la plus grande d’Amérique du Sud après l’île de Pâques (où nous n’irons malheureusement pas faute de moyens suffisants, une autre fois 🙂 ).

Coucher de soleil sur Chiloe depuis le ferry

Brève entrée en matière

Chiloe est une île devenue touristique et fréquentée surtout entre décembre et février. Nous y étions donc en basse saison et c’était d’autant mieux pour bien profiter des lieux. Avec un climat pluvieux toute l’année (il pleut 300 jours par an environ !) et particulièrement rude en hiver (n’oublions pas que nous sommes en Patagonie), l’île de Chiloe est avant tout naturelle, culturelle, gastronome à sa façon, et mystérieuse de par les légendes et les mythes qui en ont fait son histoire. Elle abrite de belles réserves de biodiversité, plusieurs réserves et parcs nationaux où l’on peut voir oiseaux marins, pingouins et baleines (seulement entre novembre et mars pour les  baleines), et elle est surtout connue pour son patrimoine architectural puisque 16 de ses églises construites en bois sont classées au patrimoine mondial de l’Unesco. Seule la partie Est de l’île est habitée, la côte Ouest étant bien sauvage.

Les célèbres palafitos chilotes

C’est donc avec curiosité que nous sommes arrivés à Chiloe après quelques heures de bus depuis Puerto Montt – à savoir que la construction d’un pont entre l’île et le continent fait polémique, les bus et les véhicules de façon générale doivent à ce jour emprunter un ferry pour traverser l’océan qui sépare Chiloe du reste du Chili.

Légendes chilotes

Les légendes de Chiloe sont nombreuses et font partie intégrante du patrimoine culturel de l’île.
Parmi ces légendes, on parle notamment des esprits Ten-Ten Vilu et Cai-Cai Vilu qui se sont affrontés au cours d’une longue bataille menant à ce que Chiloe est aujourd’hui : une île. La légende raconte en effet que Chiloe était auparavant attachée au continent et que l’esprit des eaux Cai-Cai Vilu (symbolisé par un serpent de mer) est apparu pour ordonner une grosse inondation tuant de nombreux habitants. C’est alors que vint l’esprit de la Terre, Ten-Ten Vilu (représenté par une couleuvre), qui combattit férocement Cai-Cai Vilu jusqu’à le vaincre. Mais à ce moment là, Chiloe était déjà détachée du continent et resta donc une île. Aussi, sur l’île notamment sur les places publiques, il n’est pas rare de voir des statues en forme de serpents pour évoquer cette légende fondatrice !
Les légendes chilotes font aussi la part belle aux sorciers.
Mais surtout, nous avons découvert avec un peu d’effroi la légende du Trauco, sorte de gnome absolument affreux, difforme et puant qui se cache dans les forêts de l’île et violente les femmes pour les déflorer. On raconte que de nombreuses grossesses inexpliquées sont dues à ce mystérieux Trauco et que les mères de famille surveillent leurs filles pour que celles-ci ne se retrouvent pas seules dans les bois. Mais derrière cette légende se cache parfois de bien sombres histoires, que vous pourrez mieux comprendre en lisant ce petit article de nos amis Pauline et Ludo, qui ont séjourné ici chez un psychologue…

Arrivée à Chiloe, 1ère étape à Castro

Rien à voir avec Fidel Castro, cette ville est la capitale de Chiloe et est un bon point de départ pour parcourir l’île et faire différentes excursions.

Nous y sommes arrivés un dimanche en milieu de journée et avons vite trouvé un hostel où le proprio était très gentil et où on a posé nos affaires avant de filer à Dalcahue, village en bord de mer situé à 30 minutes en minibus de Castro. On nous avait conseillé de nous y rendre pour son marché artisanal dominical mais on doit avouer qu’on n’y a vu aucun intérêt… On s’est donc contenté de marcher rapidement dans ses petites rues, d’y voir son eglise et son port, et de manger rapidement des empanadas et galettes de pommes de terre qu’on retiendra comme les plus mauvaises qu’on ait jamais mangées en Amérique du Sud ! Ça dégoulinait de gras une fois réchauffé et on ne sentait que le goût de l’huile de friture 1er prix… un désastre. Du coup, on est rentré en minibus rapidement (à noter ici que le minibus a beau être blindé, on trouvera toujours de la place pour vous – on a fait tout le trajet debout collé serré…) pour se balader plus longuement à Castro.

Surprenant que celle ville capitale où l’on trouve plein de maisons de style chilote de toutes les couleurs, des maisons sur pilotis appelées “palafitos” (très jolies), une grande église un peu kitsch a l’extérieur avec ses teintes jaune et violet mais magnifique de bois vêtue à l’intérieur, des petits stands de marché un peu partout dans la rue et surtout un énorme centre commercial où se ruent les Chiliens pour manger des hamburgers et plein de glaces aux couleurs et saveurs complètement chimiques (les glaces artisanales de Chiloe portent d’ailleurs le nom de marque “Frozen” tiré du célèbre film Disney…). Nous en avons peu parlé jusqu’ici mais nous avons été parfois assez choqués de voir autant de personnes en surpoids depuis que nous voyageons, certaines mauvaises habitudes semblant être bien ancrées comme la grosse bouteille de soda pour les repas ou chips/gateaux à toute heure… (à l’inverse une Chilienne travaillant dans un de nos hostel a été choquée par la quantité d’eau absorbée par Claire chaque jour et le fait qu’elle aimait en boire !).

Les églises chilotes

Les églises de Chiloe sont connues dans tout le pays voire dans le monde entier car 16 d’entre elles sont classées au patrimoine mondial de l’Unesco. Construites pour la plupart au XVIIe siècle en bois (le matériau principal de l’île), ces églises ont énormément de charme et témoignent de la richesse culturelle locale. Aucune ne ressemble aux autres et chacune a ses propres couleurs, ses propres formes géométriques voire sa propre forme de découpe de bois – car oui, ici les maisons aussi sont toutes en bois et toutes en couleurs. On trouvera donc des églises vertes, jaunes, rouges ou encore bleues et blanches… On vous glisse quelques photos dans cet article !
Il est possible de voir toutes ces églises, soit en réservant une excursion depuis une agence, soit en empruntant avec sa propre voiture la “ruta de las iglesias”, mais nous ne l’avons pas fait. On peut aussi se rendre au musée de las iglesias (lui-même dans une église) qui se trouve à Ancud, la visite est rapide mais très intéressante !

Intérieur de l’église de Castro, en bois
Eglise de Castro

Après cette 1ère journée nous nous sommes posés à l’hostel avec un bon petit dîner maison et sur un fond musical de Michel Pettruciani. A noter ici que le proprio de notre hostel détient haut la main la palme de la meilleure playlist de toutes les auberges qu’on a faites jusque là, avec son goût pour le jazz et le piano ! Ça change du reggaeton qui nous insupporte !! #bienkiffant

Excursion dans le parc régional de Cucao

A l’autre bout de l’île, sur la côte Ouest, se trouve le petit village de Cucao et le parc régional de l’île du même nom. Nous avons pris un petit bus pour nous y rendre et passer quelques heures là bas. Des excursions sont proposées pour y faire du kayak ou du cheval mais nous avons préféré y aller seuls (et de toute façon tout était fermé du fait de la basse saison).

Assez petit, le parc nous a permis d’une part de traverser des dunes de sable pour rejoindre une plage immense et déserte donnant sur l’océan pacifique ; d’autre part de marcher sur des petits chemins et sur des passerelles en bois au milieu de la forêt où l’on trouve des arbres magnifiques de couleur ocre ainsi que des arbres en fleurs de couleur rouge flamboyant. Plus loin, le sentier de Tepual nous a permis de rejoindre des paysages pouvant parfois faire penser à l’Afrique avec une sorte de savane et des petits arbres fins et bien touffus en hauteur, arbres que l’on appelle les tepu. Comme dans une forêt enchantée, le chemin circule dans une végétation abondante où chaque espèce a sa place et forme avec la faune locale un écosystème complet. La fin du parcours (très bien construit à l’aide de pancartes explicatives) met d’ailleurs en avant un message incitant à préserver l’environnement dans lequel l’Homme a déjà bien fait des dégâts… On a beaucoup aimé se promener ici et on peut bien croire alors que ce type de paysage invite à l’imaginaire comme en font partie les légendes chilotes !

A savoir qu’il est aussi possible de passer plus de temps dans ce parc, comme l’ont fait Pauline et Ludo qui ont randonné jusqu’à la plage de Colé-Colé au nord du parc, où ils ont passé une nuit seuls au camping sur la plage en mode “Lost” (cf leur article cité en début de récit).

Pas mal comme coin picnic non ?

Le soir ce jour là nous avons décidé de goûter la gastronomie chilote, nous n’avons pas été déçus dans le style bouffe qui te tient au corps ! Ainsi, nous avons goûté pour Claire au saumon recouvert d’une énorme portion de sauce au crabe, et pour Arnaud au curanto, un met typique du coin. Il s’agit tout simplement d’une espèce de sandwich de saumon (le saumon remplaçant les tranches de pain), farci de tomates, chorizo et fromage fondu ! Encore un plat bien gras 😂

Le curanto !!

2ème escale à Ancud

Après ces 2 premiers jours nous avons décidé de remonter un peu au nord, pour atterrir dans la ville d’Ancud. Ne croisant pas un seul touriste européen, nous avons trouvé un hostel dans lequel nous avons réussi à diminuer d’un tiers le prix demandé au départ – c’est qu’on s’améliore en négociation 💪! La proprio était là encore adorable, petite maman trop mignonne qui passe ses journées à peindre, tricoter et fabriquer des objets décoratifs tandis que son mari le soir nous a joué de l’accordéon et de la guitare… décidément les Chiliens sont vraiment de bonne compagnie !

Nous avons passé le 1er après-midi dehors à visiter la ville et son marché – c’est là qu’on a découvert qu’ici on produit une liqueur locale à base de… moules, oui oui !! Beurk, ça doit pas être fameux (impossible de gouter) !

Le lendemain, on a décidé de faire une excursion à Punihuil, petit village de la côte à 28 km au sud d’Ancud autrement appelé Pinguinland 🙂 Mais comme il n’y avait pas de bus le matin et que personne au terminal n’avait pu nous confirmer que le bus de 12h rentrait bien à Ancud en fin de journée, on s’est tourné vers une petite excursion privée l’après-midi qui ne revenait pas à beaucoup plus cher finalement… Entre-temps on en a profité pour se balader, faire le musée des églises chilotes et le musée régional (très intéressant et où dans le jardin on voit un squelette d’une baleine de 33m de long qui s’est échouée sur la côte en 2005 !) Et pour se balader vers le fort et les plages du nord. On a aussi pu discuter pas mal avec l’associé du propriétaire de notre hostel, qui a bien ri en écoutant nos histoires de voyage et avec qui on a pu parler politique et société. Très intéressant !

Le coût de la vie chilienne

Au cours de nos échanges avec différents Chiliens ici, nous avons compris que le coût de la vie chilienne était élevé et insupportable pour beaucoup. Déjà à Valparaiso nous vous parlions du fait que les Chiliens vivent à crédit ; le responsable de l’hôtel avec qui nous avons discuté à Ancud nous a expliqué avoir fait un emprunt qu’il a mis 13 ans à rembourser pour financer à l’époque ses 2 ans et demi d’université… La proprio de notre hostel nous a aussi expliqué que pour les Chilotes tout est 2 fois plus cher du fait qu’ils sont situés sur une île mais malgré tout la construction d’un pont raccordant l’île au continent ne se fera pas.
Les frais concernant les “basiques” sont très élevés pour les Chiliens, que ce soit pour les études ou pour la sacré par exemple.
Avec le gouvernement Pinochet tout a basculé dans un système de privatisation, quand à l’époque le général et ses équipes ont fait appliquer les principes de l’économiste ultra-liberal Milton Friedman. Un système qui est aujourd’hui en place de façon irréversible, non seulement car à l’époque Pinochet a fait changer certains principes de la constitution rendant très difficilement changeables certaines règles par les parlementaires ; mais aussi car l’économie du pays aujourd’hui est détenue par 7 familles qui ont le monopole sur tout et n’hésitent pas à faire acte de corruption avec les politiciens en place pour que tout soit fait selon ce qu’elles souhaitent pour leurs entreprises et donc pour le pays.
Les prochaines élections présidentielles ont lieu dans un mois et le favori serait jusque là un candidat déjà élu président auparavant, totalement libéral et corrompu… Nos hôtes semblaient tous desillusionnés par la situation du pays. Cela ne peut que nous faire réfléchir quand on est loin de la France et quand on observe comment fonctionnent d’autres pays…

Direction Pinguinland !

Au cours de notre petite excursion, nous avons emprunté une très jolie route en voyant des paysages toujours aussi verdoyants, de longues plages, différentes espèces d’oiseaux comme des canards ou un martin pêcheur (trop joli !), mais aussi en nous extasiant devant toute une famille de bébés cochons et en découvrant que les fleurs jaunes d’ici (on dirait des genets) sentent étonnamment très fort le parfum de noix de coco !

Une fois à Punihuil nous avons pu marcher sur la plage et ses hauteurs puis nous avons fait un super petit tour en bateau rien qu’à 3 en voyant plein de cormorans, des pingouins troooop mignons et sur le chemin du retour un ballet de dauphins ! On était comme des gosses trop contents 🙂

On finira la soirée posés à l’hostel tout comme le lendemain matin avant de reprendre le bus pour retourner sur le continent. Même si Chiloe n’était pas un coup de foudre pour nous, nous aurons passé 4 belles journées qui nous laisseront un beau souvenir de la région !

On a testé Chilexpress, le courrier au Chili

Dernière petite anecdote de cet article, il faut raconter ici que nous avons testé le courrier chilien. Il y a quelques semaines nous avions en effet cassé notre caisson étanche Gopro… impossible d’en retrouver un ici car les magasins ne détiennent d’accessoires que pour la Gopro 5 et non la 4 ! Du coup on a du acheter un caisson sur internet et le faire livrer chez Super Mario que nous avons rencontré à Coquimbo et avec qui nous avons gardé contact. Il nous a ensuite expédié le caisson par Chilexpress pour que celui ci arrive quand nous étions à Castro… Voilà, on peut dire que ce n’était pas simple au départ mais que finalement c’était très bien et relativement rapide, le tout avec un bon suivi possible sur internet !

Palafitos

Infos pratiques (taux de conversion 1000$ chiliens = 1,37 euro) :

  • Bus Puerto Montt – Castro : 4h de trajet environ, 6 000$ / personne avec la compagnie ETM. Il y a beaucoup de bus faisant la liaison avec Ancud, Castro et Quellon au sud de l’île notamment avec les compagnies Cruz del Sur et Queilen Bus, pas forcément besoin de réserver à l’avance !
  • Ferry Chaiten – Castro : se renseigner sur le site NavierAustral, il y a en moyenne 1 à 2 ferries par semaine, durée 5h de trajet.
  • Hostel Packpackers Hostal à Castro : 20 000$ / nuit pour une chambre double avec sdb partagée et un bon petit dej ; le proprio est un peu perché mais très gentil et il a de bons goûts musicaux ! Il est aussi possible de se faire à manger.
  • Minibus Castro – Dalcahue : 800 $ / personne, 30 minutes de trajet (idem retour) ; il y a énormément de bus qui partent du terminal central de Castro dans cette direction chaque jour.
  • Minibus Castro – parc de Cucao : 2 000$ / personne, 1 bonne heure de trajet environ (idem retour) ; il y a environ 1 bus / heure pour rejoindre le parc et pour revenir.
  • Prix d’entrée Conaf du parc Cucao : 4 000$ / personne
    Sacho restaurant à Castro : environ 8 000$ le curanto, idem le plat de saumon au crabe, 1 000 à 2 000$ les accompagnements et entre 6 000 et 10 000$ la bouteille de vin (on a “craqué” pour celle à 6000).
  • Hostel Atrapasueno à Ancud : chambre double avec sdb privée sans petit dej à 30 000$ négociée à 20 000$ / nuit ; les propriétaires sont adorables et permettent d’utiliser la grande cuisine et les espaces communs très confortables. Par contre il y fait assez froid !
  • Musée des églises chilotes à Ancud : entrée gratuite, visite sur donation minimum de 500$ / personne.
  • Musée régional d’Ancud : gratuit.
  • Bus Ancud – Punihuil : 2 000$ / personne aller (idem retour) ; horaires qui varient sans que personne nous ait confirmé la même chose… le bus se prend au terminal rural situé devant le magasin Unimarc du centre ville.
  • Tour en bateau à Punihuil : 7 000$ / personne, 30 minutes de navigation (se renseigner le matin pour savoir si la navigation est maintenue car elle peut être annulée par mauvais temps ou s’il y a trop de vent).
  • Excursion Ancud – Punihuil : 15 000$ / personne pour 3h30 de tour environ et comprenant la navigation et différents stops et explications sur la route. Nous sommes passés par Damasco Chiloe où travaille le mari de la propriétaire de notre hostel à Ancud. L’agence est aussi un hostel pas mal où le gérant est très sympa.

3 réactions au sujet de « Chiloe, bâtie de bois et de légendes »

  1. On voit qu’Arnaud est toujours là pour amuser la galerie !!! (cf vidéo églises).
    On est jaloux on a pas vu les pingouins ! Dommage qu’on ait pas pu faire cette étape ensemble, vous avez vu des trucs bien sympas aussi.

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