Immersion en pays Toraja, royaume de la mort

Immersion en pays Toraja, royaume de la mort

Fini les Philippines, nous sommes désormais en Indonésie, et plus précisément à Sulawesi ! Mais pour en arriver là, ce fut encore toute une aventure pour nous autres valeureux voyageurs…

De Palawan au pays Toraja, ou 30h de long voyage

Il faut croire qu’on aime se faire du mal ou qu’on est maintenant habitué à faire des trajets un peu… longs ! (Avec du recul nos 30h de bus pour rejoindre El Calafate depuis Bariloche, c’était du pipi de chat !)

Pour arriver où nous sommes là maintenant en train d’écrire cet article, nous avons pris :

  • Un avion de Puerto Princesa à Manille aux Philippines, suite à quoi nous avons attendu environ 8h à l’aéroport (on apprend à s’occuper, si si c’est vrai !) ; jusqu’au bout nous aurons trouvé que c’était le bordel aux Philippines, nous avons encore eu du retard sur notre vol…
  • Un avion de Manille à Jakarta en Indonésie, avec une arrivée très sympathique à quasiment 1h du mat, devant ensuite passer par l’immigration et prendre un shuttle pour changer de terminal et attendre patiemment notre vol suivant partant à 4h du matin ;
  • Un avion de Jakarta à Makassar en arrivant à 7h30 puis en se depéchant de sauter dans un taxi en manquant de se faire arnaquer par des rabatteurs et en tombant ensuite dans les embouteillages du matin… Visiblement le trafic n’est pas meilleur ici dans les villes !
  • Un bus pour 10h de trajet, qui tombera d’ailleurs en panne au bout d’à peine 2h de route… Un nouveau bus viendra nous récupérer et on arrivera de nuit ver 20h à Rantepao, capitale du pays Toraja.

C’est peu dire que d’écrire que nous sommes arrivés super fatigués après ce long périple !

Mosquée perdue dans les montagnes indonésiennes

Nos premières impressions sur l’Indonésie furent cependant très bonnes, entre l’excellent accueil que nous ont réservé les locaux un peu partout, les beaux paysages de montagnes qu’on a pu observer par la fenêtre du bus et surtout le fait de ne pas croiser de touristes !! Ça nous change bien des Philipppines 🙂 Il faut dire que Sulawesi n’est pas vraiment connu des occidentaux, d’ailleurs savez-vous, vous, où cet archipel se trouve ? On vous aide un peu :

On est là !

La seule chose qui nous a un peu surpris cela dit est de passer d’un pays catholique à un pays à dominante musulmane, notamment de se retrouver entourés de femmes voilées mais aussi d’observer qu’ici il y a beaucoup plus de pudeur qu’ailleurs. Du coup, quand j’ai (Claire) osé faire un bisou à Arnaud dans l’avion, j’ai eu droit à ça : “non mais Claire ici on a pas le droit de se faire des bisous en public ! On risque de se faire couper les mains à cause de toi !” (l’humour d’Arnaud…). Trêve de plaisanterie, notre premier ressenti dans l’histoire était donc très positif et n’allait que se confirmer par la suite 🙂

Les coutumes du pays Toraja, toute une histoire

Si nous avons choisi de venir à Sulawesi, c’est parce que 2 voyageurs rencontrés à Cuba en 2016 m’ont décrit cet archipel comme une région incroyable, préservée de l’affluence touristique et où l’on trouve des paysages magnifiques et une culture très présente. Puis en nous renseignant, notamment auprès d’Iris, une amie qui y a été il y a quelques mois et qui nous a bien aidés, nous avons été intrigués par le pays Toraja, cette région du centre de Sulawesi, perdue dans les montagnes, où l’on pratique encore à l’heure d’aujourd’hui des rites ancestraux qui peuvent sembler… pour le moins très surprenants ! Soyez patients et lisez la suite, vous ne serez pas déçus 😉

#MinuteCulture : en pays Toraja, encore appelé Tana Toraja (Tana = terre, To = le peuple, Raja = hospitalité), vit une population constituée d’animistes (= qui croient aux esprits), de chrétiens et de musulmans. Ici d’ailleurs, aucun conflit ou aucune mésentente, tout ces peuples se mélangent et semblent se porter bien ! Le peuple Toraja pratique depuis des décennies des rites funéraires très particuliers aux yeux de nous autres Européens, et vit dans des maisons d’un style architectural très intéressant. Venir découvrir le pays Toraja, c’est assurément se prendre une petite claque de dépaysement dans la figure !

Les Tongkonans, maisons traditionnelles en pays Toraja

Les Tongkonans sont les maisons dans lesquelles habite une grande partie des habitants du pays Toraja ; ils représentent aussi, dans leur forme plus petite, les greniers que l’on trouve en face des maisons et qui servent à entreposer le riz. Les greniers à riz symbolisent les hommes tandis que les maisons Tongkonan symbolisent les femmes. Ces maisons, construites sur pilotis, sont très hautes de taille et sont très surprenantes de par la forme de leur toit : celui-ci a en effet une forme d’arche inversée, symbolisant les cornes d’un buffle (l’animal emblématique de cette région, on vous explique ci-dessous pourquoi). Par ailleurs, tous les Tongkonans sont construits selon la même orientation nord / sud ; le sud représente la naissance, l’est la période où l’on grandit, le nord la vie, l’ouest la mort ; c’est ainsi le cycle de la vie. Le toit de ces maisons est fait (en tous cas pour les Tongkonans anciens et typiques) de bambous. La devanture des Tongkonans est riche de décorations, avec de petites peintures très fines de couleurs rouge (pour le sang), blanc (symbole de pureté), jaune (pour la croyance) et noire (symbole de la tristesse), et chaque fois avec accrochée en haut de la maison une tête de buffle et de coq (en bois on vous rassure), mais aussi avec souvent des cornes de buffles morts (issues des cérémonies funéraires). Ce style est très riche d’un point de vue artistique. On peut trouver les Tongkonans un peu partout dans la région, notamment dans certains villages traditionnels comme celui de Kete’Kesu que nous avons visité et dans tous les petits hameaux de la campagne environnante. Mais aussi, les Tongkonans font partie de l’architecture des bâtiments publics des plus grosses villes : on en retrouve des parties sur les banques, les mosquées, les églises…

Tongkonans du village de Kete’Kesu
Détails d’un Tongkonan

Les rites funéraires en pays Toraja

Des rites funéraires existent depuis très longtemps dans cette région et font d’ailleurs que ce pays a été connu auprès des voyageurs puisque cela n’a absolument rien à voir avec les cérémonies que nous avons l’habitude de vivre dans les pays occidentaux. Tout d’abord, il faut savoir que le peuple Toraja croit en la mort et en l’au-delà de façon “positive”. La mort n’est qu’une suite logique de la vie, c’est un cycle naturel. En ce sens, pas de pleurs ou de tristesse (ou très peu) lors des cérémonies funéraires, on est là avant tout pour être ensemble et accompagner la personne décédée jusqu’à sa nouvelle vie dans l’au-delà. Et pour cela, la personne défunte doit être soutenue ! Mais comment nous direz-vous ? Non seulement les cérémonies rassemblent des centaines de personnes venues de partout à Sulawesi voire en Indonésie, durent plusieurs jours et surtout, sont symbolisées par le sacrifice de porcs et de buffles qu’on achète ou offre pour l’occasion – parfois plus de 200 buffles et des milliers de porcs sont sacrifiés. Les porcs sont sacrifiés car ils permettent selon les croyances des Toraja de faire élever l’âme du défunt au ciel ; les buffles sont sacrifiés car ils permettent de pousser les portes du paradis pour que le défunt puisse y accéder. Plus il y a de porcs et de buffles, plus cela signifie que la personne défunte pourra être bien au paradis.

En pays Toraja, on prend soin de son buffle comme de sa Mercedes…

Des cérémonies qui peuvent parfois avoir lieu… jusqu’à 10 ans après la mort du défunt

Très étrange n’est ce pas ? Mais contrairement à chez nous en effet en pays Toraja, on attend parfois 1 an, 2 ans voire 5 à 10 ans pour organiser une cérémonie d’adieu à la personne décédée. Tout cela car organiser une cérémonie coûte très cher, non seulement car on y invite des centaines de personnes, mais aussi car il faut pouvoir financer l’achat des buffles qui coûtent chacun entre 2 000 et… 60 000 euros ! C’est juste énorme ! D’ailleurs, on nous a dit ici que les gens faisaient des prêts pour pouvoir financer une telle somme, ce qui au fond n’est pas très étonnant vu le niveau de vie des locaux… De ce fait, le peuple Toraja garde chez lui la personne décédée le temps que la cérémonie soit organisée : les familles prennent soin du corps en l’embaumant de formol (ou d’une autre substance dont les locaux gardent le secret, ici chaque village a ses pratiques) pour qu’il se conserve et ne sente pas la mort, elles prennent le thé à côté de lui dans la cuisine, fument des cigarettes en papotant autour du cadavre dans le salon de leur maison voire dorment auprès de lui. A dire comme ça, c’est assez horrible mais on vous assure que c’est vrai. Pendant cette période de latence, le peuple Toraja considère que la personne décédée ne l’est en fait pas encore, il considère que celle-ci est malade. Elle ne sera vraiment décédée que lorsque la cérémonie aura eu lieu, en attendant il faut la considérer avec respect et s’occuper d’elle.

Ici sous le Tongkonan : un immense cercueil tel un tombeau

Un enterrement qui existe différement, dans la roche

Ici en pays Toraja, on n’enterre pas les corps comme dans un cimetière “classique”. La coutume veut en effet qu’on dépose le cercueil voire les ossements dans des grottes, qui peuvent parfois faire près d’un km de long ! On trouve d’ailleurs devant la grotte en question d’autres cercueils, ainsi que des “Tau Tau”, des petites momies ou poupées à l’effigie des morts. Les cadavres de bébés sont quant à eux déposés… dans des arbres, à l’aide de petits trous faits dans les troncs qui sont ensuite recouverts comme si on recousait un vêtement qui aurait été déchiré. Dans le genre glauquy (pour nous), on avoue qu’ici on a été servi ! Il faut savoir enfin qu’à ce jour certaines coutumes évoluent : ainsi, certains cercueils en forme de buffle ou de porc restent désormais à l’extérieur des grottes, ou certains corps sont déposés dans des tombes près des villages.

Tau Tau à Kete’Kesu

1er jour de découverte en pays Toraja

Pour notre 1er jour ici et après notre long trajet des 2 jours précédents, on a décidé de faire soft avec une petite découverte de la région. Une fois enfourché notre scooter, on a donc mis le cap vers le sud de Rantepao avec une visite de la grotte de Londa puis du village traditionnel de Kete’Kesu, le tout en passant par les petits chemins longeant les rizières et les petits hameaux.

Rizières en pays Toraja

La grotte de Londa ne nous a pas rendus euphoriques ou “heureux” au sens propre du terme mais nous a laissés dans un état de pensée étrange, un peu comme en sortant d’un rêve / cauchemar qu’on est pas vraiment sûr d’avoir fait. L’atmosphère de notre visite était assez anxiogène pour être totalement honnête. On vous laisse imaginer qu’on s’est quand même enfoncé dans une grotte où depuis plus de 100 ans sont entreprosés des cercueils, des crânes et ossements que l’on vient entretenir en déposant des fleurs, des cigarettes et autres offrandes – et bizarrement, un des cadavres recouvert de cigarettes sentait même bon, on a compris plus tard que c’est parce que les cigarettes ici sentent le clou de girofle ! #chelou

Grotte de Londa

On avait une pauvre lampe torche marchant à moitié mais cela a suffi à nous mettre dans le bain. Une bien étrange découverte pour débuter cette journée.

Eglise de Londa

Le village de Kete’Kesu quant à lui est juste remarquable de par tous les Tongkonans traditionnels qu’on y trouve et l’atmostphère qui y règne. On se sent comme porté dans un autre temps. Derrière le village, un petit chemin monte là encore à des grottes où sont déposés cadavres, ossements et Tau Tau (souvenez-vous, les momies effigies des morts).

Tongkonan recouvert de fougères à Kete’Kesu

C’est là également qu’on a pris conscience qu’on était les seuls touristes occidentaux ou presque, et que notre peau blanche ainsi que notre taille (surtout Arnaud avec ses 1m94 !) fascinent les Indonésiens. Très rapidement on a compris qu’ils nous prenaient en photo en douce voire qu’ils se posaient carrément devant nous puis on a eu droit à plein de demandes pour poser avec eux ! Et même, ce qui nous a fait bien rire et plaisir en même temps, on s’est fait interviewer par un groupe de collégiens préparant un cours sur le tourisme en pays Toraja ; on finira cette belle parenthèse par une photo de classe et un bon selfie des familles 🙂

Photo de classe avec de jeunes Indonésiens

Les paysages que nous avons traversés lors de cette 1ère découverte de la région étaient vraiment très beaux, avec des scènes de vie authentiques comme on les aime.

Ecolieres croisés sur notre chemin
Environs de Rantepao

Une fois rentrés à Rantepao, on a profité de notre temps pour visiter le village qui en soi n’a pas un grand intérêt et pour flâner au marché avec ses tonnes de petits piments rouges, bananes, ananas et pastèques, anguilles, poissons et petits anchois qui puent (une vraie puanteur) et en retrouvant un fruit qu’on avait découvert la veille, le fruit de serpent (on l’appelle ainsi du fait de sa peau qui a des écailles) mais aussi en retrouvant des grenadillas qu’on adorait manger au Pérou et en Bolivie !

On terminera cette journée autour d’un bon plat indonésien dans un Warung du coin (= le nom que portent tous les petits restos cantines de rue), pour un budget de 2 euros à 2 on doit dire que cela nous fait plutôt du bien 😉

1 euro le plat, qui dit mieux ?!

2ème jour en pays Toraja, participation à une cérémonie funéraire

En ce 2ème jour dans la région, nous avons choisi de participer à une cérémonie funéraire même si l’idée ne plaisait pas vraiment à Arnaud. On était un peu sceptique face à ce type d’ “excursion” en ayant lu pas mal d’articles sur des blogs relatant pour certains que la vue de sacrifice de cochons et de buffles (parfois plusieurs dizaines) était juste atroce. On savait cependant que la cérémonie ayant lieu aujourd’hui en était normalement à son 1er ou 2ème jour, jours qui ne sont pas normalement ceux des plus gros sacrifices mais plutôt de l’accueil des invités.

Sur les maigres infos données par notre hôte (qui y allait avec sa famille), nous avons de nouveau pris notre scoot en direction du sud et avons trouvé avec un peu de difficulté le lieu de la cérémonie. Au préalable, nous avions acheté sur les recommandations de notre hôte plusieurs paquets de cigarettes qui sont en fait des offrandes à la famille du défunt traditionnellement faites par les personnes qui participent aux cérémonies locales.

Une fois notre scoot posé nous avons marché à peine quelques mètres pour tomber devant ceci : des porcs hurlant prêts à se faire égorger et déjà 2 têtes / tripes de buffles dans un petit bain de sang tandis que le reste de ces 2 animaux était déjà en train d’être cuisiné pour être dégusté par les invités. Autant dire que l’arrivée en matière ne nous a pas laissés indemnes.

Nous n’avons bien sûr pas fait de photo de toute la cérémonie puisque cela nous semblait déplacé ; les photos qui suivront ont été prises par des Indonésiens.

Ne sachant trop que faire et étant là encore les seuls touristes, nous avons été conduits par un homme auprès de celui dont on découvrira quelques minutes plus tard qu’il était le fils de la femme pour qui la cérémonie avait lieu aujourd’hui. Et nous voilà assis sur des chaises en plastique avec des enfants au milieu d’une centaine de personnes de tous les côtés. Là on nous a apporté des tasses de thé ainsi que des petits gâteaux et même sans avoir faim on avait pas le choix que de manger (dire non aurait été une offense). Nous avons remis les cigarettes au fils de la défunte, observant au passage que quasiment tous les hommes autour de nous fumaient clope sur clopeattention tabagisme passif nous avons été servis ; de manière générale à Sulawesi les hommes fument comme des pompiers. Honnêtement on ne comprenait rien à ce qui se passait sauf à essayer de se remémorer les articles qu’on avait lus sur le déroulement d’une cérémonie funéraire, on était vraiment dans le malaise !

C’est là que nous avons rencontré la fille de l’homme nous ayant installés sur nos chaises en plastique, Desy. Grâce à elle la tournure des choses s’est légèrement améliorée puisqu’elle était la seule de toute l’assemblée à parler anglais. Toute nerveuse mais juste adorable, elle tremblait de nous parler et semblait impressionnée par le fait qu’on soit là au milieu de toute sa famille et des invités. Grâce à elle là encore nous avons pu mieux comprendre ce qui se passait : des dizaines et des dizaines d’invités défilaient, étaient installés à notre gauche dans un endroit parfaitement décoré de tissus (aux couleurs qu’on retrouve sur les Tongkonans) pour qu’on leur apporte à eux aussi du café, du thé et des petits gâteaux ; puis ils partaient et d’autres invités prenaient leur place. Un homme au micro annonçaient les noms des invités, les présents qu’ils apportaient lors de la cérémonie tout en énonçant un discours spécifique et propre à la cérémonie. En face de nous se tenait une estrade couverte dans laquelle se retrouvaient les membres du gouvernement local et autres officiels de la région. A droite se tenait la famille proche et autres membres éloignés de la famille, tous vêtus d’habits traditionnels de couleur noire. Pendant ce temps-là, on était toujours un peu mal à l’aise mais surtout on commençait à faire effet sur les invités qui se demandaient qui on était et qui étaient intrigués par notre couleur de peau différente de la leur. C’est là qu’ont débuté les séances photos avec les invités et avec Desy qui au fond semblait vraiment contente qu’on soit là.

Photo avec des membres de la famille de la défunte en habits traditionnels

Puis Desy nous a proposé de voir le corps de sa grand mère, en nous expliquant qu’elle était décédée il y a une semaine et que contrairement aux cérémonies pouvant avoir lieu 10 ans après la mort du défunt / de la défunte, pour sa grand mère l’organisation de la cérémonie avait mis une semaine à se réaliser. Arnaud, pas trop emballé par l’idée, j’ai voulu faire plaisir à Desy pour qui cela paraissait important et c’est donc de cette façon que je me suis retrouvée devant le cadavre d’une grand mère que je n’avais jamais vue avant. Le corps avait été soigneusement préparé par la famille depuis 7 jours et était habillé d’une tenue blanche dont Desy m’a dit qu’elle était la préférée de sa grand mère. Je dois avouer que l’image de cette mamie décédée reste ancrée dans ma tête ainsi que celle de tous les gens que j’ai croisés en montant l’escalier pour atteindre la pièce où était entreposé le corps. Et au passage, je me suis là encore fait photographier, cette fois ci avec une nouveau né

Au bout d’une heure sur place nous nous sommes dit que nous n’étions vraiment pas à notre place ici malgré la gentillesse et l’accueil chaleureux de la famille de Desy, on transpirait de chaleur et de malaise et nos culs semblaient trempés collés à nos chaises en plastique.

#malaise

Nous avons toutefois expliqué à Desy que nous allions partir et malgré sa tentative pour nous retenir car selon elle nous partions trop tôt (on s’est souvent demandé après si ce n’était pas une offense que de partir si rapidement, elle nous a assuré par la suite qu’il n’y avait aucun mal à cela) nous avons terminé la cérémonie de notre côté en posant de nouveau en photo avec elle et avec ses parents et quelques oncles et tantes qui nous serraient fort et semblaient vraiment touchés par notre présence, qui pour eux est un honneur.

Selfie with Desy

Notre découverte d’une cérémonie funéraire en pays Toraja se terminera par la vue de sang de porc ou de buffle ayant coulé sur la route nous menant à notre scooter.

On doit avouer que ce moment était vraiment intense et que notre émotion est descendue dès que nous avons quitté les lieux. Difficile à décrire par écrit mais on vous assure qu’on est pas prêt d’oublier ce moment !

Nous profiterons du reste de la journée pour parcourir de nouveau les jolies routes du sud de Rantepao en passant par des villages traditionnels et on découvrant un arbre où sont déposés des enfants morts. Glauque et étrange encore une fois.

Tongkonans au loin

Au final nous ne savons pas vraiment quoi penser de cette journée si ce n’est que nous n’aurions pas aimé payer un guide pour assister à une cérémonie (l’idée même que des gens monayent ce genre d’événement très personnel nous parait assez choquant après réflexion). Nous avons été très touchés par l’accueil des personnes que nous avons rencontrées et avons gardé contact par la suite avec Desy, très délicate du haut de ses 24 ans et de sa petite taille. Cela nous fait aussi réfléchir sur la façon d’aborder la mort comme un passage différent vers l’au-delà que l’on célèbre en nombre. Enfin, nous avons bien compris ce matin là que les Indonésiens ont un rapport différent à autrui dans ce genre d’événement et qu’ils se sentaient honorés par la présence d’étrangers.

Le soir, on a goûté un plat typique du coin : le pa’piong, ou buffle cuit dans du bambou avec des légumes et des épices. Une alternative existe avec du poulet, de la noix de coco et de la banane. Pas incroyable mais pas mauvais non plus !

Notre 3ème jour, visite du marché aux buffles et petit trek dans la campagne Toraja

Ce jour-là, nous l’avons passé avec Daud notre hôte devenu guide l’espace d’une journée (il est anthropologue de formation). Notre 1er arrêt nous a emmenés au marché aux buffles, qui se tient 2 fois par semaine à Bolu un peu au nord de Rantepao.

Marché aux buffles de Bolu

Le marché aux buffles, ce n’est rien d’autre qu’une grande foire tenue et organisée par uniquement des hommes venus d’absolument partout à Sulawesi mais aussi d’autres îles d’Indonésie. C’est comme le salon de l’agriculture à Paris sauf qu’on ne trouve que des buffles et qu’il fait 40 degrés au soleil. Ça ne sent pas la rose certes mais c’est assez impressionnant !

Il faut bien comprendre que le buffle ici c’est toute la vie des gens. Le buffle est l’animal qu’on achète pour cultiver le riz, et le riz c’est la vie. Le buffle c’est aussi la viande que le peuple Toraja déguste, et ça aussi c’est la vie. Et enfin (comme on l’a expliqué plus haut si vous avez tout suivi), le buffle c’est l’animal qui aide les défunts à monter au paradis. Donc le buffle, c’est sacré.

Notre guide nous a expliqué juste après ce qui pouvait faire varier le prix d’un buffle, allant jusqu’à 1 milliard de roupies (= 60 000 euros) :

  • La forme du crâne
  • La couleur de l’animal, les + chers étant ceux de couleur noire et blanche
  • La couleur des yeux : le bleu fait monter les enchères
  • Enfin, la longueur de la queue

Ensuite nous avons rejoint le nord-est de Rantepao pour marcher pendant plusieurs heures. Ce n’était pas la rando du siècle (notre guide marchait en tong qui se sont même cassées et il nous a fait passer par des chemins vraiment bizarres qui n’en étaient pas vraiment ! Faut dire qu’il est complètement random…) mais on a passé une bonne journée car d’une part il nous a expliqué plein de trucs super intéressants, d’autre part car les paysages de rizières étaient superbes, enfin car nous avons traversé un tas de petits villages ayant beaucoup de charme en croisant des Indonésiens adorables, toujours prêts à proposer un thé ou un café.

Nous avons bien évidemment parlé des rites funéraires, des croyances du peuple Toraja ou encore des Tongkonans, plus largement nous avons parlé de la conception de la vie ici et de politique. La notion de richesse aux yeux du peuple Toraja ne se mesure pas au compte en banque de chaque personne, mais à différents éléments comme celui d’être en bonne santé, d’avoir de l’argent et de l’utiliser pour le bien de la communauté, avoir un bon état d’esprit et le communiquer aux autres… Toute une philosophie. Les familles Toraja restent unies quoiqu’il arrive et les cercles d’amis sont nombreux, on se réunit souvent que ce soit dans les événements heureux (mariage, fin de la récolte du riz) ou dans les événements malheureux (décès). Pour le peuple Toraja, le plus important est de s’entraider et de croire les uns dans les autres et vice versa ; on fait tout pour ne pas décevoir les gens. Tout le monde se connaît et se reconnaît, la réputation sociale est ce qu’il y a de plus important. On vit enfin autour du principe que la vie n’a qu’un temps et qu’il faut en profiter au maximum ! Côté politique, le peuple Toraja attend du gouvernement et du président indonésien beaucoup de transparence, on veut savoir où va son argent et on n’aime pas les fausses promesses. D’après notre guide, le nouveau président du pays semble répondre à ces attentes et le pays semble être sur la bonne voie. Comme nous sommes des gens avisés, nous avons préféré jeter un oeil sur l’internet pour voir ce qu’en disent les médias : certes, le président issu des milieux défavorisés de Java est bien vu de la population pauvre indonésienne, mais certaines de ses méthodes nous laissent perplexes (on vous laisse vous renseigner par vous-mêmes et juger ☺)

Bref, on a donc appris un tas de trucs et c’était vraiment intéressant.

Nous devant les rizières

On notera pendant notre petite rando plusieurs stops qui nous ont marqués :

  • En 1er lieu, nous sommes passés devant un tombeau funéraire devant lequel étaient réunies des familles encerclant les cercueils et les corps de personnes décédées ; naturellement nous avons été invités à participer à ce moment, c’est ainsi qu’on s’est retrouvé à boire un thé assis au milieu de plusieurs cadavres… Sympa le corps enroulé dans des draps devant nous sur lequel défilaient plein de grosses fourmis ! Les Indonésiens étaient ravis de nous voir en tous cas. A noter aussi qu’à ce stop les Indonésiens ont de nouveau halluciné devant la taille d’Arnaud et lui ont dit qu’il devrait rester à Sulawesi pour faire grandir les prochaines générations.
Ca, c’est Arnaud qui boit un thé tranquillement au milieu des cadavres et des cercueils
  • Puis, on a fait plein de stops puisqu’il y avait plein de buffles. Le buffle est presque devenu notre passion, dans la boue, dans les rizières ou en train de s’entrainer avec un pneu pour un futur combat, on l’a observé sous toutes ses coutures !
Notre nouveau meilleur ami
Prochainement en France, la pub pour la mozzarella buffala “Arno porno” (merci Ludo pour la blague)
  • On s’est aussi arrêté dans pas mal de petits hameaux en train d’organiser une prochaine cérémonie funéraire (ou pour certains, la cérémonie venait de se cloturer). C’est juste impressionnant à voir car les locaux fabriquent toutes les étables et estrades pour recevoir les animaux et les invités, tout est fait en bambou et est détruit après la cérémonie, le bambou étant distribué aux invités pour faire du feu.
Constructions en cours pour une cérémonie funéraire
Une fois la cérémonie terminée (on aperçoit les cornes des buffles sacrifiés au milieu)
  • Enfin on oubliera pas le moment où notre guide nous a raconté l’histoire d’un pauvre Indonésien qui s’est fait avaler tout cru par un python anaconda il y a quelques mois de ça à l’ouest de Sulawesi… Autant dire que je n’étais pas du tout sereine sur la suite de la balade ! En rentrant on s’est renseigné sur cette sombre histoire qui s’avère vraie : si vous voulez en savoir plus sur les pythons de 7m de long qui peuplent Sulawesi et sur cette non fake news c’est par ici ! En tous cas on peut vraiment dire que la mort nous aura suivis partout…
Sur la droite dans le python gonflé se trouve un pauvre Indonésien de 25 ans

En tout état de cause, ce fut une bonne journée, bien dépaysante comme les précédentes 🙂

Une rencontre touchante lors de cette rando

4ème et dernier jour en pays Toraja, tour dans le nord de Rantepao

Pour notre dernier jour dans la région, nous avons fait soft pour nous reposer et nous sommes partis en direction des montagnes au nord de Rantepao car on nous avait indiqué que les paysages sont magnifiques. On confirme qu’ils le sont !

Rizières en terrasse

La route n’était pas en très bon état vers Batutumonga mais la vue depuis les environs (notamment vers Tinimbayo) était juste super belle.

L’état de la route

Et puis comme on en a maintenant l’habitude, on s’est fait prendre en photo par les Indonésiens toujours aussi contents de nous voir 😉

Bien entourée

Ah, sans oublier qu’en route nous avons vu pour la première fois un bébé buffle ! Il devait faire au moins 200 kg mais passionnés que nous sommes désormais, nous l’avons trouvé mignon haha.

Bébé buffle et sa maman

Une fois de retour nous nous sommes posés dans un Warung où nos papilles se sont encore régalées (quoiqu’il faut souligner que la bouffe ici est méga épicée donc ça arrache carrément !) et où les frais ont fait du bien à nos petits porte-monnaies (3,50 euros pour un mie goreng = plat de noodles typique + un nasi campur = plat typique aussi + un jus d’avocat + un jus de tamarin). Voilà, on était bien content de cette journée une nouvelle fois !

Délicieux déjeuner dans un Warung

Vous l’aurez surement compris au travers de la lecture de cet article : on a adoré cette première étape de notre voyage à Sulawesi, certainement une des plus dépaysantes pour nous depuis que nous avons quitté Paris. Nous reprenons la route demain en direction du nord pour rejoindre les îles Togian dont tout le monde nous a dit que c’était tout simplement… le paradis !

Ciao depuis les rizières !

Infos pratiques (taux de conversion : 10 000 IDR = 0,62 euro) :

  • Pour arriver à Sulawesi : il est possible d’arriver au sud à Makassar ou au nord à Manado, avec différentes compagnies aériennes. Nous venions des Philippines, nous avons pris 2 avions avec une escale à Jakarta et en passant par les compagnies Cebu Pacific Air puis Lion Air (compagnie déconseillée par l’U.E apparemment mais nous n’avons eu aucun problème)
  • Pour rejoindre Rantepao depuis Makassar : prendre un taxi à l’aéroport en direction du Daya Bus terminal, compter 70 000 IDR (attention aux rabatteurs qui proposent la course à 100 000 IDR) ; puis, prendre un bus qui va à Toraja, les départs se font le matin vers 9h ou le soir à 21h ; coût = 170 000 IDR / personne, environ 10h de trajet avec 2 pauses dont une pause déj
  • Riana Homestay à Rantepao : 170 000 IDR la chambre double avec sdb, eau chaude, wifi et petit déj, négociée à 160 000 IDR / nuit. Le proprio est assez random et assez lunatique… on ne sait pas trop quoi en penser surtout qu’il fait payer le papier toilettes à la fin sans prévenir au début !! Dommage car le lieu est bien cool, les chambres sont grandes avec une terrasse, on peut acheter des bières (40 000 IDR la bouteille d’1L), louer un scoot (80 000 IDR / jour) et faire sa lessive (10 000 IDR / kg)
  • Pour manger à Rantepao : absolument aller dans les petits Warungs même s’ils ne payent pas de mine car c’est bon et pas cher ! Compter entre 10 000 et 20 000 le repas / personne
  • Pour déguster du pa’piong (plat typique de buffle) : aller au Café Aras ou Tropical Café, environ 60 000 IDR le plat auquel il faut ajouter 10% de frais de service (c’est donc beaucoup plus cher que dans un boui boui local et pas forcément meilleur…)
  • Pour trekker dans la région : les guides demandent environ 400 000 à 500 000 IDR / jour, à partager entre les participants ; notre guide nous a proposé une nuit chez l’habitant à 170 000 IDR / personne (comprenant la chambre + le dîner + le petit déj), on a trouvé que c’était assez cher et surtout on avait peur de ne pas vraiment être intégré avec des locaux qui d’ailleurs ne parlent souvent pas anglais… Il faut aussi ajouter le transport (15 000 IDR aller, idem au retour / personne)
  • Pour assister à une cérémonie : se renseigner auprès de l’office du tourisme ou de son hôtel, il est possible d’y aller avec ou sans guide ; le principe de faire du business sur des cérémonies funéraires nous semble tellement étrange qu’on ne saurait donner de conseils ici. En tous cas, prévoir d’apporter des cigarettes ou du sucre si vous y venez par vos propres moyens
  • Prix d’entrée des sites touristiques (grotte de Londa, baby graves, village de Kete’Kesu…) : 20 000 IDR / personne. Pour le marché aux buffles, un flic nous est tombé dessus direct pour nous faire payer un ticket d’entrée, mais il nous a fait le tarif à 30 000 IDR à 2, en mettant l’argent dans son portefeuille, on a eu le sentiment de s’être fait avoir… Mais ça on ne le saura jamais !

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